décembre 22, 2016

Enfin !!!

Par Charlie
Aujourd’hui, j’ai appris ce qui est pour moi une excellente (et très attendue) nouvelle : en ce 22 décembre 2016, la loi française a ENFIN franchi le pas et un amendement voté ce jour à l’Assemblée Nationale vient d’interdire ” tout recours aux violences corporelles ” dans le cadre de l’exercice de l’autorité parentale !!!


Pourquoi cette loi me fait-elle tant de bien ? Petit retour en arrière de quelques décennies (oui, oui, déjà…) : petite, j’étais une enfant vive, avec un fort caractère, une tête assez dure et un tempérament plutôt rebelle ; enfin, c’est ce que bon nombre des adultes qui m’ont connu enfant me rapportent…

Mes parents (que j’aime très fort au demeurant, qui ont accepté d’écouter mon ressenti sur l’éducation qu’ils nous ont donné, qui respectent ma position de maman et que j’embrasse fort s’ils passent par ici) nous ont éduqués du mieux qu’ils le pouvaient dans l’espoir de nous voir devenir des adultes responsables ; dans les années 80, après la période de laxisme des années 70 où il était ” interdit d’interdire “, la tendance était plutôt en faveur d’un retour à une éducation plus ” cadrée ” ; ce ” cadre ” incluait tant les punitions morales (mises au coin, lignes à copier, et tutti quanti) que les châtiments corporels (de la ” petite ” tape sur les mains à la fessée en passant par l’éventail des gifles et autres oreilles tirées).
Alors oui, petite, j’ai, moi aussi, reçu des fessées et des gifles par mes parents, parents qui nous aimaient pourtant et ne voulaient au fond que notre bien… Et je n’en suis pas morte, me direz-vous ? Encore heureux !!! Mais j’ai de la peine à penser à tous les enfants qui, eux, n’ont pas cette chance et qui meurent réellement sous les coups de parents brutaux chaque année…
Enfin, je ne peux pas nier que ces réprimandes corporelles ne m’aient rien apporté, ce serait mentir ; car oui, elles m’ont appris à mentir de peur d’être réprimandée, à dissimuler mes mauvais comportements pour ne pas recevoir de punition, à stresser en entendant les pas de mon père arriver dans le couloir quand nous tardions à nous endormir ma sœur et moi et que nos éclats de voix (de rires ou de chamailles !) parvenaient jusqu’aux oreilles de nos parents…

Je me rappelle fort bien avoir souvent intérieurement ruminé ma colère et ma frustration après avoir été giflée (surtout en public, car s’ajoutait alors la honte du regard des autres). Je me rappelle aussi m’être dit que puisque c’était comme ça, j’allais leur en faire baver encore plus (oui, j’étais du genre tenace !)… Par contre, je ne me rappelle pas m’être dit que cette réprimande me faisait du bien, ni qu’elle m’ait été utile à la compréhension de quelque règle familiale ou sociale que ce soit…

Je me rappelle par contre m’être convaincue que si j’avais été punie/réprimandée, c’est sûrement que je l’avais bien cherché, que je n’étais bonne à rien et que je ne serais jamais à la hauteur des attentes parentales. Je souffre d’ailleurs, toujours aujourd’hui, d’un terrible manque de confiance en moi et du besoin irrépressible de plaire et d’être aimée…
Un autre souvenir très vif en moi est la ferme intention, la résolution prise très tôt avec moi-même de ne jamais faire de mal à mes enfants quand je serai maman… Résolution qui ne m’a jamais quittée en grandissant, même si ce serait mentir que de vous faire croire que je n’ai moi aussi, malheureusement, jamais porté la main sur aucun de mes enfants…
L’importance de l’imprécation éducative, la pression de l’entourage familial et la fatigue physique (en partie liée à une maladie auto-immune) et nerveuse ont été telles dans mon cas que j’ai, à quelques reprises, moi aussi levé la main sur mes enfants ; et chacune de ces réprimandes est gravée en moi comme une cicatrice indélébile…

C’est Notre Moyen, Notre si Intense Moyen, qui a ainsi parfois fait les frais de mes limites et de mon épuisement, et il m’est arrivé de lui administrer une tape sur les fesses et, une seule honteuse fois, une gifle magistrale (comme un mauvais réflexe en réponse à celle qu’il m’avait assénée devant toute ma belle-famille à la piscine ce jour-là)… Le Grand et La Minette, quant à eux, n’ont jamais fait les frais de mes excès car il m’a été plus facile de rester dans la bienveillance avec eux dont les besoins étaient moins intenses que ceux de leur frère.

Et pourtant, bien avant ma grossesse, j’en ai lu des ouvrages sur la question de la VEO, Violence Éducative Ordinaire, comme on la nomme ; et pourtant j’avais dévoré l’excellent plaidoyer d’Olivier MAUREL paru en 2004 ; et pourtant je me suis formée à l’éducation bienveillante et ai suivi les ateliers Faber et Mazlish ; et pourtant j’ai acheté, emprunté et lu tous les ouvrages que j’ai pu trouver sur la question pour me soutenir et m’accompagner dans ma parentalité…
Oui, mais voilà, moi aussi, j’ai parfois failli… Mon Homme aussi, influencé par les ” Tu devrais en tant que père ” et autres ” Il faut lui mettre des limites claires à cet enfant ” a cédé… Et les résultats sur Notre Moyen en ont été catastrophiques. Plus de colères. Plus d’opposition. Plus de souffrances…

Aujourd’hui encore, les rapports qu’il entretient avec son papa sont altérés par le souvenir des quelques réprimandes corporelles administrées sous le coup de l’épuisement et du sentiment d’impuissance de Mon Homme. Et cela m’a valu bien des larmes et des regrets, que j’ai choisi de dépasser pour ne retenir de ces expériences que la force et la détermination nécessaires pour ne plus recourir à ces formes de violences physiques. Avec succès.

Pour ce qui est des violences verbales, le chemin à parcourir est encore long et sinueux : qu’il est facile de céder sans s’en rendre compte à la tentation de crier, de faire du chantage, de la culpabilisation ou des reproches… Alors, à chaque échec, je m’excuse sincèrement auprès de mes enfants et leur rappelle notre imperfection, humaine et parentale, et reviens avec eux sur l’importance de la bienveillance et du respect de l’intégrité physique et morale de chaque être humain, indépendamment de son âge.
Aujourd’hui donc, quand j’ai découvert que l’amendement avait été adopté, mon cœur a fait un bond et je me suis empressée de l’annoncer à mes enfants avec joie ; ils se sont mis à danser et chanter dans la pièce de vie et nous avons fait un gros goûter en famille dans la bonne humeur !!!
Victoire !!!
Nous nous réjouissons que la loi prenne la défense des plus jeunes, de ceux qui ont besoin de porte-paroles pour se faire entendre par les adultes. Il sera désormais écrit dans le Code Civil que le recours à toute forme de violence envers les enfants, a fortiori dans le cadre de l’exercice de l’autorité parentale, est inacceptable.
Alors oui, il ne s’agit QUE d’une loi civile, sans aucune sanction pénale, mais le symbole est là : une éducation bienveillance, bien entendu accompagnée d’un cadre ferme mais aimant, n’est pas seulement possible, mais nécessaire. Le but de cette loi est de sensibiliser les adultes et de remettre en cause des pratiques éducatives qui ne devraient pas exister dans le cadre familial, ni dans aucun autre cadre d’ailleurs.
Car la science a démontré depuis quelques années à quel point les méthodes éducatives violentes, physiquement ou verbalement, créent des dommages cérébraux et psychologiques chez les enfants ; et non, les études ne portent pas sur les parents vraiment maltraitants, mais bien sur des foyers où on a juste recours aux ” petites ” fessées ou aux ” légères ” claques…
Je sais bien que mes propos ne plairont pas à tout le monde mais oui, fesser un enfant est à mes yeux un acte maltraitant, certes moindre que le fait de rouer de coups un enfant, mais souhaitons-nous vraiment établir une échelle de référence pour savoir où s’arrête la violence acceptable et où commence la violence non acceptable ? Je pense qu’AUCUNE forme de violence n’est acceptable. Ni envers un adulte, ni envers une femme, ni envers une personne âgée, ni envers un enfant. Encore moins envers NOS enfants pour qui nous sommes les adultes de référence. Et je suis heureuse que la loi civile défende cette position. 
Et nul besoin de préciser que bien évidemment je ne prône nullement le laisser aller éducatif et le laxisme, extrêmes qui selon moi, constituent également une forme de violence faite aux enfants, qui ont besoin d’un cadre sécure pour évoluer. J’aime d’ailleurs beaucoup me rappeler du verset biblique de Proverbes 1:8 qui recommande d’écouter la discipline : c’est avec du dialogue, de l’amour, de la patience et de la bienveillance, entre autres, que je veux éduquer et discipliner nos enfants. C’est en tous cas le choix que je fais. Malgré les échecs. Je continue d’y croire et d’avancer. Avec désormais la loi de mon côté…